Le discours intégral en français, le texte de l'angelus et l'archive MP3 ainsi que le communiqué du directeur de la salle de presse et la déclaration du secrétaire d'état.
Par ordre chronologique :
mardi 12 septembre 2006, 16h45 : discours à l’Université de Ratisbonne face aux représentants de la science
- Discours officiel et original, en allemand : http://www.vatican.va/holy_father/b..., traduction officielle du Vatican en anglais et italien.
- Traduction du journal La Croix http://www.la-croix.com/illustratio...
- Traduction de l'agence de presse Zenith http://www.zenit.org/french/visuali...
- Traduction de Sophie Gherardi à partir de la version italienne pour le journal Le Monde : http://www.lemonde.fr/web/article/0...
mercredi 13 septembre 2006 : communiqué du Vatican Information Service (VIS) suite à ce discours
http://212.77.1.245/news_services/p...
AGIR SANS LA RAISON EST CONTRAIRE AU PLAN DIVIN
CITE DU VATICAN, 12 SEP 2006 (VIS). A 16 h 45', le Pape s'est rendu à l'Université de Ratisbonne pour prendre part à une rencontre avec le monde de la science. Inaugurée en 1965, elle compte aujourd'hui douze facultés pour 25.000 étudiants.
Après avoir enseigné la théologie dogmatique et fondamentale à l'Ecole supérieure de philosophie et théologie de Freising, puis aux Universités de Bonn, Münster et Tübingen, Joseph Ratzinger a été titulaire de la chaire de théologie dogmatique et d'histoire dogmatique de l'Université de Ratisbonne, dont il fut Vice-recteur (1969-1971).
Le discours du Pape a été une vaste réflexion sur les rapports entre foi et raison.
Benoît XVI s'est d'abord demandé si "la conviction de ce qu'agir contre la raison constitue une opposition à la nature de Dieu n'était qu'un élément de la pensée grecque ou bien une réalité en soi". Et en l'occurrence, il a cité ceux qui tuent ou recourent à la violence pour convertir autrui.
"A la fin du moyen âge -a rappelé le Saint-Père- plusieurs courants théologiques brisèrent la synthèse entre pensée grecque et pensée chrétienne", tel le volontarisme. "La transcendance et la richesse de Dieu furent alors développées de manière tellement exagérées que le raisonnement, le sens du vrai et du bien ne reflètent plus Dieu, dont la volonté abyssale demeure par conséquent définitivement inaccessible à l'homme, cachée derrière ses décisions".
Puis il a souligné que, grâce à la foi, nous savons au contraire qu'entre "Dieu et nous, entre son Esprit créateur éternel et notre raison créée, il y une analogie. Certes, les différences y sont infiniment plus grandes que les ressemblances, mais pas au point d'abolir l'analogie et son langage... Le Dieu véritablement divin est celui qui s'est manifesté comme Logos et qui, comme Logos, a agi et agit avec un infini amour pour l'humanité".
La fusion entre la foi biblique et la pensée grecque, a poursuivi Benoît XVI, "constitue un fait capital pour l'histoire des religions mais surtout pour l'histoire universelle. Etant donné ceci, il n'est pas surprenant que le christianisme, malgré son origine oriental et l'importance de son développement en orient, ait finalement trouvé une empreinte historiquement décisive en Europe... Cette fusion, à laquelle s'est ensuite ajouté l'héritage de Rome, a créé l'Europe, demeurant à la base de que l'on peut à juste titre appeler Europe".
Le Pape a alors rappelé que "le besoin de deshellénisation du christianisme s'oppose à la thèse selon laquelle l'héritage grec, dûment purifié, serait part intégrante de la foi chrétienne".
Cette deshéllinisation "se manifeste tout d'abord en rapport avec l'émergence des postulats fondamentaux de la Réforme du XVI siècle", puis, avec la théologie libérale des XIX et XX siècles "on voulut remettre le christianisme en harmonie avec la raison moderne, en le libérant d'éléments apparemment philosophiques et théologiques comme la foi en la divinité du Christ et en la Trinité".
Benoît XVI a ensuite indiqué une "troisième phase de deshellénisation, toujours en cours", pour laquelle "la synthèse entre cultures et pensée grecque opérée dans l'Eglise ancienne constituerait une première inculturation, qui ne devrait pas influencer les autres cultures. Celles-ci devraient avoir la possibilité de revenir en arrière jusqu'au point ayant précédé cette inculturation, de manière à découvrir l'authentique message du Nouveau Testament pour l'inculturer autonomement. Non seulement elle est grossière et imprécise, mais cette thèse est fausse".
Après avoir souligné la nécessité d'admettre sans réserves ce qu'il y a de valable dans le développement moderne de la pensée, le Saint-Père a dit la nécessité d'écarter "les dangers qui en découlent. Nous devons aussi nous demander comment y faire face... Ce n'est possible que si la raison et la foi redeviennent unies, que si l'on dépasse les limites fixées à la raison, ce qui parfaitement possible, et que si on en déploie à nouveau tous les horizons ".
"Ainsi seulement sera-t-on capable d'établir un véritable dialogue des cultures et des religions, un dialogue qui constitue une priorité. Dans le monde occidental on estime trop souvent que la seule raison positive et les formes philosophiques en découlant seraient universelles. Or les cultures profondément religieuses voient dans cette exclusion du divin de l'universalité de la raison une attaque à ses plus profondes convictions".
Benoît XVI a conclu en rappelant que "l'occident est depuis longtemps menacé par cette aversion des interrogations fondamentales de la raison, tout à son propre dam. S'ouvrir largement à la raison, ce qui ne signifie pas renoncer à sa grandeur, est le programme que se fixe la théologie dans sa recherche sur la foi biblique. C'est ainsi qu'elle entend entrer dans le débat contemporain".
Après cette rencontre, le Pape s'est rendu à la cathédrale de Ratisbonne, connu pour ses chours d'enfants, dirigés pendant vingt ans par son frère aîné, Mgr.Georg Ratzinger.
PV-BAVIERE/SCIENCE/REGENSBURG VIS 060913 (800)
jeudi 14 septembre 2006, dans l'après midi : déclaration du directeur de la salle de presse du Saint-Siège, le père Federico Lombardi
http://212.77.1.245/news_services/p... ou en italien (originale).
A PROPOS DU DISCOURS A L'UNIVERSITE DE RATISBONNE
CITE DU VATICAN, 15 SEP 2006 (VIS). Hier après-midi, le P.Federico Lombardi, SJ, Directeur de la Salle-de-Presse du Saint-Siège, a fait la déclaration suivante:
"En référence aux réactions de divers responsables musulmans quant à certains passages du discours prononcé par le Saint-Père le 12 septembre à l'Université de Ratisbonne, et comme cela ressort d'une lecture attentive du texte, il convient de préciser que son soucis consiste en un refus clair et radical de toute motivation religieuse de la violence".
"Il n'était donc pas dans les intentions du Pape de développer une étude approfondie sur le Jihad et la pensée musulmane s'y rapportant, et encore moins de porter offense à la sensibilité des musulmans".
"Tout au contraire, on note dans les discours du Saint-Père une mise en garde faite à la culture occidentale d'éviter 'le mépris de Dieu et le cynisme, qui considère le rejet du sacré comme un droit délibéré' (discours du 10 septembre). Il indique également la juste dimension du religieux, qui est la condition à tout dialogue constructif entre les cultures et les religions. Dans la conclusion de son discours de Ratisbonne, Benoît XVI a déclaré: 'Les cultures profondément religieuses voient dans cette exclusion du divin de l'universalité de la raison une attaque à ses plus profondes convictions. Toute raison qui reste sourde au divin et relègue la religion dans la sphère strictement privée, est incapable de participer au dialogue inter-culturel'".
"Il est donc clair que le Saint-Père a la volonté de respecter et de dialoguer avec les autres religions et toutes les cultures, avec l'Islam tout particulièrement".
OP/PAPE:REGENSBURG/LOMBARDI VIS 060915 (270)
samedi 16 septembre 2006 : déclaration du cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d'état
Reprise du site inXl6.org, traduction de l'agence de presse Zenit, originale en italien.
Face aux réactions de la part des musulmans concernant certains passages du discours du Saint-Père Benoît XVI à l’Université de Ratisbonne, je souhaite ajouter ce qui suit aux éclaircissements et précisions déjà apportés par le directeur de la Salle de presse du Saint-Siège :
- La position du pape sur l’islam est clairement celle qui est exprimée dans le document conciliaire Nostra Aetate : « L'Eglise regarde avec estime les musulmans, qui adorent le Dieu Un, vivant et subsistant, créateur du ciel et de ta terre, qui a parlé aux hommes. Ils cherchent à se soumettre de toute leur âme aux décrets de Dieu, même s'ils sont cachés, comme s'est soumis à Dieu Abraham, auquel la foi islamique se réfère volontiers. Bien qu'ils ne reconnaissent pas Jésus comme Dieu, ils le vénèrent comme prophète; ils honorent sa mère virginale, Marie, et parfois même l'invoquent avec piété. De plus, ils attendent le jour du jugement où Dieu rétribuera tous les hommes ressuscités. Aussi ont-ils en estime la vie morale et rendent-ils un culte à Dieu, surtout par la prière, l'aumône et le jeûne (n. 3)
- L’option du pape en faveur du dialogue interreligieux et interculturel est tout aussi claire. Au cours de sa rencontre avec les représentants de quelques communautés musulmanes à Cologne, le 20 août 2005, il a affirmé que ce dialogue entre chrétiens et musulmans « ne peut pas se réduire à un choix passager », ajoutant : « Les leçons du passé doivent nous servir à éviter de répéter les mêmes erreurs. Nous voulons rechercher les voies de la réconciliation et apprendre à vivre en respectant chacun l'identité de l'autre ».
- Quant au jugement de l’empereur byzantin Manuel II Paléologue, qu’il cite dans le discours de Ratisbonne, le Saint-Père n’avait et n’a absolument pas l’intention de le faire sien. Il l’a simplement utilisé comme occasion pour proposer, dans un contexte universitaire et selon le résultat d’une lecture complète et attentive du texte, quelques réflexions sur le thème du rapport entre religion et violence en général, et pour conclure par un refus clair et radical de la motivation religieuse de la violence, d’où qu’elle vienne. Il est opportun de rappeler à cet égard ce que Benoît XVI lui-même a récemment affirmé dans le Message commémoratif du XXe anniversaire de la rencontre interreligieuse de prière pour la paix voulue par son bien-aimé prédécesseur Jean-Paul II à Assise en octobre 1986 : Les « manifestations de violence ne peuvent pas être attribuées à la religion en tant que telle, mais aux limites culturelles dans lesquelles elle est vécue et se développe dans le temps. … En effet, des témoignages du lien intime qui existe entre le rapport avec Dieu et l'éthique de l'amour sont visibles dans toutes les grandes traditions religieuses ».
Le Saint-Père regrette par conséquent vivement que certains passages de son discours aient pu offenser la sensibilité des croyants musulmans et qu’ils aient été interprétés d’une manière qui ne correspondait absolument pas à ses intentions. D’autre part, face à la fervente religiosité des croyants musulmans, il a mis en garde la culture occidentale sécularisée, afin qu’elle évite « le mépris de Dieu et le cynisme qui considère la dérision du sacré comme un droit de la liberté ».
En réaffirmant son respect et son estime pour ceux qui professent la religion musulmane, il forme le vœu qu’on les aide à comprendre dans leur juste sens ses paroles, afin que, ce moment difficile rapidement surmonté, se renforce le témoignage au « Dieu Un, vivant et subsistant, créateur du ciel et de ta terre, qui a parlé aux hommes » et la collaboration pour « défendre et promouvoir ensemble, pour tous les hommes, la justice sociale, les valeurs morales, la paix et la liberté » (Nostra Aetate, n. 3).
Dimanche 17 septembre 2006, 12h00 : Angélus du pape Benoît XVI
Version officielle de la salle de presse du Vatican, en version multilingues et en français sur le site du Vatican.
Version sonore MP3, tirée du Podcast de Radio Vatican ainsi que de l'article sur leur site.
Chers Frères et Sœurs,
Le voyage apostolique en Bavière, que j’ai accompli les jours passés, a été une forte expérience spirituelle, dans laquelle se sont mêlés des souvenirs personnels, liés à des lieux qui me sont si familiers, et des perspectives pastorales pour une annonce efficace de l’Évangile en notre temps. Je remercie Dieu pour les consolations intérieures qu’il m’a donné de vivre et, en même temps, je suis reconnaissant envers tous ceux qui ont activement travaillé pour la réussite de ma visite pastorale. Comme il est désormais habituel, j’en parlerai plus largement au cours de l’Audience générale de mercredi prochain. En ce moment, je désire seulement ajouter que je suis vivement attristé par les réactions suscitées par un bref passage de mon discours à l’Université de Ratisbonne, considéré comme offensant pour la sensibilité des croyants musulmans, alors qu’il s’agissait d’une citation d’un texte médiéval, qui n’exprime en aucune manière ma pensée personnelle. Hier, Monsieur le Cardinal Secrétaire d’État a rendu publique, à ce sujet, une déclaration dans laquelle il a expliqué le sens authentique de mes paroles. J’espère que cela contribuera à apaiser les esprits et à clarifier le sens véritable de mon discours, qui, dans son ensemble, était et est une invitation au dialogue franc et sincère, avec un grand respect réciproque. Tel est le sens de mon discours.
Mercredi 20 septembre 2006, 10h30 : Audience Générale du pape Benoît XVI
http://www.vatican.va/holy_father/b...
Chers Frères et Sœurs,
Je voudrais évoquer aujourd’hui mon voyage pastoral en Bavière, mon pays natal, rendant grâce à Dieu qui a permis cette visite et remerciant également les personnes qui y ont travaillé avec dévouement. Ce voyage n’a pas été seulement un retour sur le passé, mais aussi une occasion providentielle pour regarder avec espérance l’avenir. Après la première étape à Münich, ville dont je fus l’Archevêque, pour implorer la bénédiction de la Mère de Dieu, il y eut l’étape du sanctuaire marial d’Altötting et, le lendemain, celle de Ratisbonne. Là, j’ai rencontré les professeurs et les étudiants de l’Université, pour évoquer le rapport entre foi et raison. Malheureusement, la citation faite au début a été l’objet d’un malentendu, alors que je voulais expliquer que ce ne sont pas la religion et la violence qui vont ensemble, mais la religion et la raison. Rappelant mon profond respect pour les grandes religions du monde – et donc aussi pour les musulmans qui «adorent le Dieu unique» et avec qui nous sommes engagés «à protéger et à promouvoir ensemble, pour tous les hommes, la justice sociale, les biens de la morale, la paix et la liberté» –, j’espère que mes paroles à Ratisbonne pourront constituer un encouragement à un dialogue positif entre les religions, comme entre la raison moderne et la foi des chrétiens. J’ai enfin rencontré les prêtres et les diacres permanents dans la Cathédrale de Freising, où j’avais été ordonné prêtre. J’ai voulu ainsi rappeler à mes concitoyens l’éternelle vérité de l’Évangile et confirmer les croyants dans leur foi au Christ.
J’accueille avec joie les pèlerins de langue française, en particulier les pèlerins de Guinée, accompagnés par Mgr Philippe Kourouma, Évêque de N’Zérékoré. Que Marie vous aide tous à ouvrir vos cœurs à Celui qui est «le chemin, la vérité et la vie» !